La convergence énergie/numérique est-elle en train de bousculer l’idée chère à Colbert que chaque métier, chaque labeur, chaque produit a sa propre noblesse, sa propre famille.

Le lancement à la fin du XVIIe siècle par l’Académie royale des sciences, de la description des arts et métiers, a structuré pour longtemps une conscience française autour de l’esthétique, le goût et la qualité du produit made in France. Évidemment, l’avènement de l’ère industrielle au XIXe siècle a profité du gigantesque travail favorisé par Colbert, de publication de cette collection d’ouvrages sur les métiers artisanaux. Une collection dont la publication va s’étaler jusqu’à la veille de la révolution, 1782.

Longtemps, la qualité des éditions originales grâce à la finesse des planches et aux descriptions plus que précises des savants académiciens, Sébastien Truchet, Jacques Jaugeon, l’abbé Jean-Paul Bignon et Gilles Filleau Des Billettes, ont permis de donner une idée noble de chaque métier, chaque produit. Aujourd’hui, la numérisation de l’offre énergétique et la convergence des produits utilisés dans l’espace résidentiel ou tertiaire, on a le sentiment de ne peu plus avoir une conscience française des produits énergétiques qui nous entourent.

Au-delà d’un anglicisme envahissant, on se trouve devant le fait accompli qu’on nous propose souvent le même professionnel afin d’installer le chauffage, l’éclairage comme le multimédia. Veut-on sincèrement nous imposer l’idée que l’installateur qui se présente à notre domicile aura la faculté de nous offrir tout à la fois un confort en chauffage, en éclairage et en multimédia à la hauteur de nos exigences.

S’il est clair que ces différentes offres ont pour point commun la consommation énergétique, il est tout de même évident qu’on ne peut pas faire d’un même professionnel, un bon chauffagiste, un bon éclairagiste et un bon sonorisateur. À cela, un autre facteur vient perturber les métiers autour de l’offre énergétique. L’arrivée des opérateurs télécom et des entreprises du logiciel à la recherche de nouveaux débouchés.

Aux traditionnels équipementiers de l’électrique, vient s’ajouter les professionnels de la box, du code informatique et même de la voiture électrique. Alors, ne faut-il pas un nouveau Colbert pour nous offrir de nouvelles descriptions des arts et métiers, à l’ère de l’efficacité énergétique ? Ne faut-il pas relancer une nouvelle Académie royale des sciences pour en finir avec l’emprise des Apple, Google et autre Microsoft ?

Batimat, le plus grand salon au monde des chantiers du bâtiment qui ouvre ce lundi, est le lieu privilégié, pour observer un des embarras français, devant le nouveau langage dédié aux métiers de l’énergie intelligente. Il s’agit de la maquette numérique du bâtiment qui est rentrée dans les mœurs, par sa désignation anglophone, BIM, pour Building Information Modeling et qu’on désigne en français par Modélisation des données du bâtiment (MIB). A l’heure où nous fêtons les 350 ans de Saint Gobain, né en octobre 1665 par la signature de Louis XIV, il serait peut-être judicieux, de remettre au-devant de la scène l’initiative de Colbert, la description des arts et métiers adaptée au « Smart Building ».