Fin août, le gouvernement indien a donné la liste des 98 futures villes intelligentes du pays de Gandhi, vaste plan du Premier ministre Narendra Modi, destiné à améliorer la vie des autochtones en milieu urbain. Qui de la France et d’autres pays comme l’Allemagne et le Royaume-Uni comprendront le mieux ce marché phénoménal ?

Sans tarder, à l’annonce de la liste des 98 territoires urbains qui seront réaménagés en villes intelligentes, des pays commencent à se positionner sur ces futurs marchés, dans un pays de 1,2 milliard d’habitants.  Lord Francis Maude de Horsham, ministre d’État pour le commerce et l’investissement du Royaume-Uni, n’a pas perdu du temps. Il vient de publier un rapport qui détaille le savoir-faire des meilleures entreprises britanniques dans le secteur des villes intelligentes.

Au regard de la crise en Europe, la compétition va être rude entre les entreprises du Vieux Continent. D’autant que le gouvernement indien va laisser aux élus municipaux la responsabilité des choix et des propositions. Seul leitmotiv, dans ce dossier dénommé « Défi des villes intelligentes indiennes », que, dans les projets, soit prioritaire le bien-être de l’habitant.

Les Allemands se souviennent de leurs deux grands défis du siècle dernier : la reconstruction de leur pays après la Deuxième Guerre mondiale et la réunification de la RFA et de la RDA, et sont fascinés par cette Inde d’aujourd’hui qui a établi un plan de planification si ambitieux. Son entreprise symbole Siemens compte investir 1 milliard de dollars et crée 4 000 emplois en Inde.

Mais construire une ville indienne intelligente ce n’est pas comme bâtir au siècle dernier des métropoles indiennes avec des infrastructures copiées-collées de celles de l’Europe et certainement de l’ex-colonisateur, le Royaume-Uni. Ce souci des professionnels indiens à chercher des bonnes pratiques de la ville intelligente adaptables aux réalités du pays, on l’a vu au salon Smart Countries & Cities Congress, organisé début septembre au Palais des Congrès de Paris. Guidé par le consultant Puneet Mahajan du cabinet Smart Sikiwis Industries, A.W. Ansari, responsable des nouvelles technologies à la municipalité de New Delhi, Mainak Ghosh et Joy Sen, professeurs de l’Indiana Institut of Technology Kharagpur, confirment d’une même voix que ; « les nouvelles technologies de l’information ne sont que des outils et les industriels européens devraient le comprendre pour gagner les marchés indiens. ».

Ce point de vue, on le rencontre beaucoup, au travers des nombreuses contributions dans les journaux des leaders d’opinion du pays de Nehru. A l’exemple de l’urbaniste Shahana Chattaraj qui dans un texte publié mi-août dernier au titre révélateur : « Quel genre de ville intelligente voulons-nous? », cette diplômée de Princeton et du MIT s’interroge : « Les entreprises mondiales font la queue en Inde pour vendre des villes intelligentes sur plans, et les médias listent leurs attributs : salles de commandes centralisées avec des données en temps réel, des capteurs numériques pour localiser les points de stationnement… Ces comptes rendus semblent oublier que les villes sont des agglomérations d’êtres humains ; leurs bâtiments et les infrastructures sont importants, mais accessoires. Et ainsi, d’importantes questions restent sans réponse. Qui va vivre et travailler dans ces nouvelles villes intelligentes? Les migrants pauvres peuvent-ils trouver un logement avec un salon, ou vont-ils avoir des capteurs numériques pour suivre les empiétements? ».

L’élite indienne prend au sérieux le concept de ville intelligente, et veut croire qu’elle saura influencer les choix des politiques et que se dégage une véritable pensée indienne de la question qui prend en compte toutes les spécificités des cultures vernaculaires, des réalités environnementales et sociétales du pays et surtout de ne pas faire les erreurs du passé, l’époque où l’exode rural engorgeait les périphéries des Bombay, Calcutta et Madras…

Récemment, à la suite de l’actualité des 100 villes intelligentes du gouvernement Narendra Modi, un vif débat s’est engagé sur les phénomènes climatiques extrêmes plus fréquents et plus intenses qui sont aussi attendus, mettant à risque les villes des zones sujettes aux catastrophes. Selon l’élite des experts indiens, une grande partie des 1,2 milliards qui constituent la population, habitent dans des zones vulnérables aux inondations, aux tempêtes et aux sécheresses.