Longtemps les fabricants d’équipements électriques n’avaient de souci existentiel que celui d’assurer les bons produits pour une consommation énergétique efficiente. L’impact exponentiel du numérique sur le domaine de l’offre électrique change la donne.

C’est une chose d’offrir un produit autonome et affecté à une tâche, celle de donner accès au courant, c’en est une autre de s’inscrire dans un écosystème virtuel qui englobe autant le bâtiment que la ville.

Les concurrences actuelles dans le domaine des protocoles autour du juteux marché en devenir des objets connectés, accentuent les risques du solutionnisme à piéger des collectivités locales, des institutions et les entreprises dans des modèles propriétaires qui empêcheront une utilisation ultérieure des données par exemple. On voit même des équipementiers électriques, de peur d’être perdants sur le futur du marché de la domotique, en phase de décollage grâce aux objets connectés, s’organiser autour d’un protocole à l’esprit filière.

La déviation des équipementiers électriques vers l’esprit solutionniste, peut aussi prendre le caractère d’acquisitions frénétiques d’entreprises du secteur numérique ou informatique. Il y a l’exemple de cet équipementier dont une dernière acquisition dite stratégique n’a même pas provoqué un frémissement sur le marché boursier. Ainsi, un secteur qui depuis la Deuxième guerre s’est émancipé du géant énergéticien public, EDF, se débarrasse de sa tenue de fabricants d’infrastructures et de produits électriques pour s’engager dans la digitalisation de l’offre énergétique et tout ce qu’elle génère comme données exploitables.

En étant pris au même moment entre deux transitions, l’énergétique à laquelle ils appartiennent, et la numérique à laquelle ils adhèrent actuellement par obligation de survie économique, les équipementiers électriques sont contraints de revoir leur fonctionnement social mais aussi leur marketing. Le premier, afin de retrouver un esprit entrepreneurial qui ne peut plus être efficace sur le modèle de l’«usine à papa » propre à la culture industrielle des Trente glorieuse, et le deuxième pour endiguer l’ubiquité débordante d’imagination des géants de l’Internet américain qui bousculent les design des industries traditionnelles.

Il fut un temps, où l’équipement électrique français damait le pion à tous les produits venant de l’autre coté de l’Atlantique. Un savoir-faire historique qui reposait sur une ingénierie de l’électricité qui fait honneur au pays qui, en 1881, a accueilli, à Paris, la première Exposition internationale d’électricité et le premier Congrès des électriciens du monde entier. Par contre, aujourd’hui, nous assistons, à la faveur de la monté en puissance des applications logiciel dans le secteur énergétique, à une présence accrue des entreprises américaines du numérique.

Il reste aux équipementiers français de l’électricité d’éviter les pièges du solutionnisme et proposer une dimension plus large qui prend en compte autant les problématiques technologiques à résoudre que sociales et culturelles.