(06 janvier 2014) Ils étaient des Français, Anglais, Irlandais, Russes, Allemands, Hongrois, Serbes… de Lucien Gaulard à Nikola Tesla, l’histoire de l’invention du transformateur électrique démontre que l’innovation dans le domaine de l’électricité était déjà au XIXe siècle une tradition commune à l’Europe. Ne manque-t-il pas dans les débats actuels de la transition énergétique française une lecture historique ?

La transition énergétique française est engagée semble-t-il dans sa dernière année de réflexion. Une loi devrait voir le jour à la fin de 2014. Il reste tout de même un goût amer autour de ce dossier. Comme si l’Europe qui n’existait pas encore sur le papier il y a plus d’un siècle était, à travers ses pionniers de toutes origines du territoire du Vieux Continent, une réalité inconsciente.

Et cette réalité ressemble comme deux gouttes d’eau à celle d’aujourd’hui, avec cette confrontation, à laquelle nous assistons, des diverses transitions énergétiques mises en œuvre avec plus ou moins de succès par les partenaires européens, selon les divers et rudes lobbyings et caprices des acteurs de la transition.

Quel meilleur exemple que celui du transformateur électrique ? Une création issue de la diversité des sciences culturelles européennes qui a traversé plus d’un siècle et à juste titre s’incarne aujourd’hui en Smart Grids. Et à défaut de voir les technocrates de Bruxelles saisir le symbole, par méconnaissance de notre histoire énergétique commune, on est en droit de faire de l’histoire du transformateur électrique, notre porte-voix de l’innovation entre pays européens.

Lucien Gaulard, John Dixon Gibbs, Michael Faraday, Nicolas Callan, Otto Titusz Blathy, Miksa Déri, Karoly Zipernowsky et Nikola Tesla…, voilà quelques noms qui ont participé à l’évolution du transformateur électrique. De tels noms au destin improbable, venus de toute l’Europe en pleine deuxième révolution industrielle, tranchent avec le conservatisme et le pré carré nationaliste des industriels actuels du secteur énergétique.

La cacophonie actuelle des transitions énergétiques propres à chaque membre de la communauté européenne, ne fait qu’accentuer le malaise à mettre en place une même musique, face aux entreprises américaines à l’ouest et asiatiques à l’est du Vieux Continent. Doit-on se moquer d’une Espagne qui vient d’annoncer avec 24,1 %, d’avoir obtenu avec l’éolien, le vent comme première source de production électrique en 2013, ou bien inscrire cette nouvelle, comme le privilège de l’innovation européenne ? Et les exemples ne manquent pas : le Danemark produit plus de 40 % de son électricité grâce aux EnR, mais 56 % grâce au charbon et au gaz. Doit-on pour cela blâmer les Danois ou leur laisser le temps pour trouver des solutions innovantes ?

Si l’on prend le cas du Serbo-Croate Nikola Tesla, le père des alternateurs électriques, c’est à Paris en 1882 qu’il entre au service de l’entreprise Continental de Thomas Edison. Puis lorsqu’il rejoint New York pour travailler au service de l’inventeur américain, on estime à 700 brevets du Serbe qu’Edison a voulu déposer à son nom. À cet égard, la procédure engagée après sa mort par sa famille contre l’administration américaine pour récupérer ses effets et travaux, est révélatrice de la rivalité encore actuelle entre l’Europe et les États-Unis dans le secteur énergétique.

Les pays européens doivent une fois pour toutes accorder leurs instruments en termes de transition énergétique. C’est dans les gènes du Vieux Continent de se renouveler sans cesse, par les arts de l’innovation industrielle. Mais à l’heure des doutes et à cause d’une crise économique profonde, l’histoire énergétique des membres de l’Union, de ses pionniers et entreprises, peut aider à reprendre goût à l’innovation et à trouver les solutions de demain.