Un rapport du Sénat publié en juillet 2012 et consacré au « coût réel de l’électricité », ouvrait un vrai débat de société sur « la poussée des usages spécifiques » dans le résidentiel, tels l’éclairage, les appareils électrodomestiques et audiovisuels… Plus de trois après et à la veille de la COP21, il semble que le sujet n’est pas encore pris en considération.

Alors que la réglementation thermique 2020 est en projet, il ne semble pas encore que les professionnels ont pris la mesure de l’importance de la consommation, en électricité dans le résidentiel et tertiaire. Pourtant, en juillet 2012, à la page 89 de leur rapport, les sénateurs signalaient : « quand la consommation finale du secteur industriel augmentait de 5 % entre 1990 et 2010, celle du secteur résidentiel-tertiaire augmentait de plus de 70 %. Au cours des années 2000, ces deux secteurs ont même évolué de façon opposée, avec une diminution de 1,4 % par an en moyenne dans le secteur industriel, contre une augmentation de 2,5 % par an dans le secteur résidentiel-tertiaire ».

Un tel décalage de consommation électrique entre le secteur industrie et celui du résidentiel tertiaire doit nous amener à deviner où sont les priorités. Où doivent se concentrer, dans ces moments de crise économique, les aides publiques lorsqu’on apprend les risques de fracture énergétique que pourraient subir les habitants du résidentiel ?

Et, pour reprendre les explications imagées de l’un des experts auditionnés à l’époque, l’ingénieur-conseil Jean-Marc Jancovici, « la consommation d’électricité qui augmente le plus vite aujourd’hui dans les bâtiments n’est pas celle qui est liée au chauffage, mais celle qui sert à faire fonctionner tout le reste : les machines qui montent et qui descendent, qui cuisent, qui refroidissent, qui tournent, qui transmettent des tas d’images extraordinaires ».

Dans les débats depuis 2007 autour du Grenelle de l’Environnement, la question des usages spécifiques de l’électricité n’a jamais été au centre des préoccupations. Rare qui ont pris le sujet au sérieux. Que s’il y a une question centrale liée au sujet de l’efficacité énergétique, elle concerne les usages concernant le résidentiel tels l’éclairage, les appareils électrodomestiques et audiovisuels…

Maintenant que le débat est posé publiquement par le législateur depuis trois ans, allons-nous attendre encore longtemps pour que le sujet soit traiter publiquement? Et pour commencer sur quel point doit-il y avoir un réel travail pour que l’électricité spécifique ne soit pas le fardeau de la consommation énergétique dans notre pays et même à l’échelle européenne ?

– Doit-on insister sur une plus importante pédagogie envers le public concernant la réduction de la consommation électrique : éteindre son ordinateur à la fin d’un usage, mettre la machine à laver au moment opportun, réduire ses équipements audiovisuels ?

– Doit-on insister auprès des fabricants de l’électroménager et autres produits électroniques grand public que l’avenir est à l’investissement dans les R&D, en termes d’efficacité énergétique ?

Enfin, ne faut-il pas accompagner les équipementiers de l’électrique dans un renouvellement conséquent de leurs gammes de produits, afin de s’inscrire dans une croissance verte digne de ce nom ?

Pour reprendre, les experts auditionnés par la commission d’enquête à l’époque sur le « coût réel de l’électricité », Benjamin Dessus, président de Global Chance, avait été très clair : « les applications thermiques, c’est-à-dire le chauffage et l’eau chaude, représentent au total à peine 40 % de la consommation d’électricité. Au contraire, les applications de l’électricité considérées comme spécifiques, par exemple, l’éclairage, la production de froid, les moteurs, les appareils domestiques, les équipements audiovisuels, la télévision ou l’ADSL, représentent 61 % de la consommation ». Et de conclure : « c’est donc là que se situe le problème ».