Le mot afroptimisme, inventé dans les années 90 par les universitaires-jésuites qui voulaient qu’une autre Afrique émerge dans un esprit contraire au pessimisme, est aujourd’hui en rivalité avec une autre ambition de développement du continent : l’afroscientisme ou la promotion de partenariats universitaires.  

Ces dernières années, le terme afroptimisme est devenu à la mode. Il n’y a pas un jour où, dans un média, un blog ou un réseau social, un dirigeant d’entreprise, un consultant ou cadre qui ne nous vante une Afrique à une croissance bientôt à deux chiffres. Le mot est aussi repris entre le Bénin de Lionel Zinsou et la France de Richard Attias.

Le premier, homme d’affaires à Paris et chef du gouvernement à Porto-Novo, et le second, organisateur d’évènements mondiaux suivis plus récemment par Jean-Louis Borloo, font, par l’action politique, la promotion d’une Afrique à « la vitalité extraordinaire ». Les Suisses et les Camerounais ont fait un autre choix, celui d’une forte et discrète relation universitaire.

Alors même que les participants à la COP21 commencent à se rendre compte que l’évènement climatique auquel ils ont assisté, les deux premières semaines de décembre, a été surtout un coup diplomatique, on ne pouvait ignorer la forte présence de l’Afrique au Bourget.

Elle n’était pas uniquement effective par la présence de politiques et d’officiels, mais aussi par celle d’un grand nombre d’Africains de la société civile, enclins à croire que le continent noir allait devenir un laboratoire pour trouver des bonnes pratiques en terme climatique.

Reste que si les politiques, les environnementalistes et les marketeurs Africains occupent une grande partie des débats autour de la croissance attendue du continent noir, il serait judicieux de voir les autres formes de coopérations qui se développent entre l’Europe et l’Afrique.

Ainsi, il y a cette idée où la transition énergétique et numérique ne passe pas nécessairement par l’entreprise du nord qui fait son marché dans le sud, comme le prône Jean-Louis Borloo dans son projet d’électrification de l’Afrique, mais bien plutôt par les universités occidentales qui, dans un esprit de transfert technologie ou bien d’afroscientisme, apportent au continent noir des bonnes et innovantes pratiques et solutions industrielles.

Ces trois dernières années Suisses et Camerounais donnent un exemple fort de cette idée que l’innovation scientifique et la formation peuvent être gage de réussite pour la transition énergétique en Afrique. Elle passe par un partenariat entre le Cameroun et l’École polytechnique fédérale de Lausanne (EPFL) qui a créé, en 2013, un centre, au nom de CURES (Centre Universitaire de Recherche sur l’Energie pour la Santé), à Yaoundé, permettant la formation, la recherche et le transfert technologique en vue d’améliorer l’accès à l’énergie dans les hôpitaux.

En Suisse comme au Cameroun on parle d’investissements de l’EPFL qui parfois se matérialisent en success story. La presse helvétique aime raconter l’histoire du Camerounais Sylvain Lemofouet qui, de l’Université de Douala à l’EPFL, et le chemin n’était pas facile, a réussi à transformer une thèse sur la production électrique fonctionnant à l’air comprimé en un produit d’une start up installée sur le campus de Lausanne.

Avec Sylvain Lemofouet, c’est le souhait de certains experts de la transition énergétique africaine pour lesquels l’afroptimisme n’est qu’un slogan politique, qui se réalise. Parmi eux, on peut reconnaître Roland Portella, président de la Coordination pour l’Afrique de demain (CADE). Dans la revue Géopolitique Africaine qu’on pouvait trouver durant l’évènement climatique du Bourget, il a écrit : « …Au-delà de la COP21 et des conférences qui suivront, ce sont les synergies d’échanges de technologies et de formation professionnelle qui doivent être prioritaires pour l’Afrique. Nous disons bien « échanges de technologies », car il ne faut pas rester sur le prisme trompeur de transfert de technologies du Nord au Sud. L’idée selon laquelle les uns possèdent des technologies que les autres sont incapables de produire doit cesser. Il existe en Afrique des ingénieurs et des innovateurs de niveau élevé…».