Alors que le mois de la cyber-sécurité se déroule durant cet octobre sans évènement marquant, les experts français du domaine dévoilent des ambitions de profit  plutôt que des visions sociétales et de souveraineté territoriale.

Emmanuel Macron, le chef de l’Etat, n’a pas abordé le sujet de la cyber-sécurité, lors de son interview le dimanche 15 octobre à la télévision. Cela veut-il dire comme l’a soulevé Guillaume Poupard, délégué général de l’Agence nationale de la sécurité des systèmes d’information (ANSSI) que «…pour certains Etats, la cyber-sécurité est un terrain de jeux…» ? Il faut croire que non, si la cyber-sécurité en France n’a pas encore trouvé de nombreux militants parmi les politiques du pays, cela est dû simplement au manque d’une vraie pensée citoyenne du secteur et d’un esprit de Responsabilité Sociétale des Entreprises (RSE) capable de galvaniser les autorités étatiques comme territoriales de ce pays.

La cyber-sécurité française, un simple business

Ainsi, alors que depuis six mois les cyber-attaques s’accentuent et mettent à mal des fleurons mondiaux de l’industrie française, des administrations entières de nos collectivités et des services publics, les spécialistes de la protection numérique « s’ingéniaient » à détecter les bons plans pour faire d’un secteur en plein développement un simple business.

La plateforme cybermalveillancegouv.fr lancée cette semaine par le gouvernement, était attendue et louable pour offrir aux particuliers et petites entreprises françaises subissant des cybers-attaques, la possibilité de conseils rapide en cyber-sécurité et aussi d’accéder à des prestations de protection informatique. Mais, il semble que ces dernières seront payantes et de nombreux observateurs du domaine s’inquiètent déjà de voir les cyber attaqués, devoir payer « l’assistance technique de proximité aux victimes d’actes de cybermalveillance » proposée par les prestataires informatiques référencés sur la plateforme gouvernementale.

La Virginie, modèle d’une cyber-sécurité citoyenne

S’il y a comparaison à faire en termes de bonne pratique en politique de la cyber-sécurité, il serait judicieux de se pencher sur les expérimentations dans d’autres pays et notamment celles pratiquées par certains Etats des USA. Il y a par exemple le cas de la Virginie et de son gouverneur Terry McAuliffe qui avec son épouse, mène un vrai engagement pour la cyber-sécurité dans son Etat de 8 millions d’habitants. Dans l’administration de l’Etat de Virginie chargée du dossier, il est question d’abord d’accompagnement d’enfants dans le monde digital, d’éducation aux outils numériques, de formation d’anciens combattants à la cyber-sécurité. Pour ces derniers, ce sont les services informatiques des grandes entreprises qui les forment gratuitement à l’art de la cyber-sécurité puisque la Virginie est prête à embaucher 17000 experts du domaine pour répondre aux fortes sollicitations des victimes digitaux.

En Virginie, pour les éducateurs qui ont pour responsabilité des enfants de la maternelle et jusqu’au collège, il leur est offert une formation à la cyber-sécurité. Alors qu’en France, on est loin d’inscrire la cyber-sécurité comme un engagement citoyen, il y a ailleurs des pays, des régions et mêmes des communes qui ont compris les enjeux d’un tel acte. Tout cela démontre que la question sécuritaire dans le numérique tarde à trouver son élan en France. Comme lors des Assises de la Sécurité à Monaco mi octobre, il y a un sentiment en France que la question de la cyber-sécurité reste confinée aux seuls experts des grandes entreprises et des spécialistes-fonctionnaires des administrations de l’Etat. Pour preuve, on ne voit pas encore le sujet pris en main par les administrateurs territoriaux qui dirigent et administrent nos collectivités territoriales.

Ainsi, voir l’absence sur la plateforme cybermalveillancegouv.fr, des collectivités locales comme partenaires à part entière démontre encore une fois que l’esprit de centralisation domine la politique française en termes de digital. Pourtant, si le numérique français est le prolongement du territoire physique de l’hexagone, il permet un plus d’autonomie pour créer une compétition et un développement dans le pays. Associer les administrateurs territoriaux comme les élus locaux, voilà peut-être qui pourrait déjà donner une dimension citoyenne à la sécurité des biens et des personnes dans le cyber espace, mais aussi de voir ce sujet majeur pris au sérieux, jusque dans la sphère du chef de l’Etat.