L’impact de la transition numérique sur le bâtiment a crée comme une ruée vers l’or, mais la cybersécurité a été oublié.

Il y a eu deux drames, celui de l’incendie du dancing de Saint-Laurent-du-Pont en 1970 et du lycée Pailleron à Paris en 1973, pour que la France se dote, d’une vraie politique de sécurité électrique dans le bâtiment. Le Consuel (Comité national pour la sécurité des usagers de l’électricité) est devenu alors un organisme incontournable pour attester de la conformité « des installations électriques non seulement dans l’habitat neuf mais aussi dans tous types de construction nouvelle (tertiaire, industriel, agricole…) ».

Aujourd’hui, la configuration et connexion numérique du bâtiment, amène de nouveaux problèmes concernant la sécurité des biens et des personnes. Le temps n’est plus à la sécurisation uniquement d’un réseau électrique, d’une installation de plomberie ou d’une toiture… Nous sommes loin de l’époque de la domotique d’avant l’Internet, basée sur une intelligence informatique en vase clos pour faire fonctionner la fermeture des fenêtres, l’ouverture du portail et l’allumage des lumières…

La domotique d’aujourd’hui, c’est le bâtiment intelligent et ses objets connectés au niveau mondial. Ainsi, le bâtiment rentre dans un nouveau paradigme de la protection et de la sécurité. Avec le bâtiment intelligent, on n’évoque plus les aléas de proximité, c’est-à-dire l’incendie provoqué par un court circuit électrique, l’inondation à cause d’une plomberie défectueuse, enfin le cambriolage classique cher aux faits divers. Le bâtiment intelligent est géré par une plateforme virtuelle planétaire, avec normalement pour règle, de ne permettre qu’à l’occupant de piloter et décider qui a droit à l’accès. Cela c’est le rêve, mais la réalité est tout autre.

Depuis 2010, le bâtiment est rentré dans le paradis des start-up aux success story infinies où tous se rêvent en connexion les uns aux autres. Même les industriels traditionnels ont commencé à échafauder des maquettes de smart building, liées à des smart grids connectés à des smart districts et des smart cities. Le bâtiment lui-même n’était plus pensé comme une entité autonome, mais un lieu relier en permanence à l’extérieur. Les génies des systèmes d’exploitation (OS), des technologies radios et de l’architecture informatique ont multiplié les produits sans penser à l’homogénéisation et offrir des standards. Ils se sont déployés à travers la planète et ses territoires urbains, dans une concurrence effrénée, sans pouvoir avoir des spécifications de leur sécurité. Laissant le client entre deux choix, utiliser ou pas leurs solutions.

Certes, déjà en France des professionnels de la cybersécurité et de l’innovation appellent à une prise de conscience de la protection des biens et des personnes dans les bâtiments équipés d’objets connectés à foison. Pour exemple, le Cercle des Femmes dans la Cybersécurité (Cefcys), créé début 2016, par des femmes-expertes qui prônent une plus grande politique pédagogique du domaine et non pas simplement par des solutions techniques. Notamment, la mise en place d’un permis de la cybersécurité pour que le citoyen maîtrise un minimum les outils et installations numériques de son environnement.

Pour le bâtiment spécifiquement, il y a le monde des innovateurs-professionnels, tel Régis Hania, un ancien de l’Ecole des Mines de Douai et de l’Institut Supérieur d’Automatisme et d’Informatique Industrielle, un homme de l’art au double cursus numérique et énergétique qui défend depuis plus d’une décennie, le principe d’un livret numérique installé dans les tableaux électriques, pour que tous les techniciens intervenants dans un bâtiment déposent les informations techniques de leurs interventions.

Il semble ainsi que l’évolution à grands pas des nouvelles technologies a fait oublier que les pays européens, et la France en particulier, ont une tradition de la sécurité dans l’industrie bien ancrée. Lors de l’avènement de l’électrique et du téléphone, dès l’Exposition internationale de l’électricité tenue en 1881, à Paris, la sécurité a été un souci immédiat. Il faut lire, les six numéros du journal de cet évènement pour constater la pédagogie et les produits mis en avant pour prévoir tout type de catastrophe. A l’exemple du Block System, un téléphone qui permettait d’empêcher «…qu’un train parte d’une gare sans que la gare suivante n’en soit avertie…».