(19 février 2014) Si c’est un enjeu politique, social, économique et environnemental, la transition énergétique, peine à exister en termes éditorial. Retour sur une situation inédite, où un rendez-vous historique n’arrive pas à sortir de la production de communiqués de presse, à faire jaillir une pensée française de l’énergie. La faute est-elle partagée entre industriels, politiques et administrations ?

« … Et nous voyons que les Hébreux, les Égyptiens, les peuples de l’Inde et de la Haute Asie, connurent, dès la plus haute antiquité, l’usage des lampes ; mais ces lampes, même chez les Romains, étaient constituées par des mèches fumantes que ne voudraient plus employer, aujourd’hui, nos paysans les plus arrièrés… », écrivait le vicomte Théodose Du Moncel, dans la préface de son opus « L’éclairage électrique ». C’était en 1879, et 5 années plus tard, le vicomte expert des questions énergétiques nous quittait. Mais, il aura vécu la première grande exposition universelle de l’électricité, organisée, en 1881, par Eugène Berger.

Depuis l’avènement du Grenelle de l’environnement, suivi de la transition énergétique, on a du mal à percevoir le récit dans cette troisième révolution industrielle. La narration manque cruellement dans les médias, numérique comme sur le papier, qui sont censés nous raconter de belle histoire de la transition énergétique, mais qui souvent procède du simple copier-coller. N’est pas Théodose Du Moncel qui veut, mais à l’heure de la compétitivité mondiale autour des industries énergétiques, on a du mal à croire que les Français ne donnent pas ce plus qui les distingues des autres. Un design poétique pour accompagner la convergence énergie/numérique.

Qui se souvient d’Auguste Detoeuf, homme d’électricité, premier président d’Alsthom en 1928 qui déjeunait plus souvent au restaurant du Musée de l’Homme avec des savants et scientifiques poètes que des industriels. Et nous a laissé son « Propos d’O.L. Barenton, confiseur, ancien élève de l’École polytechnique », un ouvrage truffé de citations plus judicieuses les unes que les autres.

Il n’existe tellement plus des Auguste Detoeuf dans la France d’aujourd’hui que la mutation énergétique dans l’Hexagone s’est réduite à des textes d’une platitude extrême : « … Dans le cadre de la transition énergétique, un débat a eu lieu hier soir à Grenoble. Les échanges ont été intenses et le représentant de l’Ademe a promis de revenir… » Voilà à quoi ressemble la production éditoriale.

Pierre Gattaz a dirigé la FIEEC (Fédération des Industries électriques, électroniques et de Communication), avant de prendre la tête du Medef en juillet dernier. Il connait les industries de l’énergie et n’a pas caché dans une récente interview que son livre de chevet est « Anthologie de la poésie française » de Georges Pompidou.

Il serait judicieux d’engager avec Pierre Gattaz, une réflexion au sujet du traitement de l’information autour de la transition énergétique. Les communiqués de presse et les copier-coller de textes puisés dans l’Internet ne suffisent pas pour permettre à une mutation sociétale d’un pays, de laisser des traces historiques.