(13 janvier 2013) À l’heure où la France s’engage dans un long débat sur la transition énergétique, à Las Vegas les leaders de l’internet comme Apple et Google confirment leur emprise sur l’équipement domotique.

Il est mort en octobre 2011. Bien trop tôt pour vivre pleinement la déclinaison de l’iPhone et de l’iPad dans le monde des électriciens. Pourtant, avec son polo noir, son jean, ses baskets et surtout cette barbe de deux jours grisonnante, la défunte star des technologues américains est bien en phase avec l’esprit de l’artisan élec. Mais ce n’est pas que ça. Le génie du « made in Californie » semble avoir aussi vampirisé le « made in France » du produit électrique.

En France, après avoir commencé par produire des applications domotiques sur les plateformes Apple pour lever les stores, éteindre les lumières, mettre en fonction le home cinéma… les équipementiers électriques se sont évertués, ces derniers mois, à produire de nouvelles applis (l’expression convenue chez Apple), qui proposent de décoder et mesurer la réglementation thermique française, dite « RT 2012 », et en application sur notre territoire depuis le 1er janvier.

Le génie de Steve Jobs est d’avoir réuni autour de ce système les équipementiers grands et petits, mais aussi des centaines d’autres milliers de développeurs, qu’ils soient des particuliers ou des entreprises. Dans le secteur des équipementiers électriques, l’avènement de l’écran tactile est une révolution qui a tourné court. Jamais un produit élec n’a été autant commandé par un autre, une sorte de télécommande qui sert aussi de téléphone, de boîte à courrier, de lecteur… et surtout de marque étrangère.

Il est vrai qu’à Cupertino, au siège d’Apple, les équipes surnommaient Steve Jobs « Le Roi de France » (1). Pourquoi ? Tout simplement, comme il est expliqué dans sa biographie, parce qu’il était stigmatisé ainsi pour son intransigeance dans la conception du design, la réalisation et la mise sur le marché de ses produits. Il semble que cette même intransigeance a fini par s’imposer aux équipementiers de l’électricité après l’avoir été pour les opérateurs télécoms et les industries des biens culturels.

Au Consumer Electronic Show de Las Vegas qui se tenait la semaine dernière, cette tendance de fond semble s’amplifier. Deux systèmes d’exploitation mobile, l’un sous iOS 5, exclusif aux produits d’Apple (iPhone, iPad…), l’autre, sous Androïd 4.0 de Google, ouvert aux constructeurs de smartphones, s’imposent dans un nouveau cycle de l’offre énergétique : la domotique connectée. À l’heure de la transition énergétique française, on est en droit de s’interroger.

Les prédictions concernant la fusion de l’internet et de l’offre énergétique, chères au prospectiviste Jeremy Rifkin, sont-elles en train de grignoter le marché des équipementiers électriques sans que l’on s’en rende compte ? Verra-t-on bientôt Tim Cook, le successeur de Steve Jobs, à la tête d’Apple et Larry Page, le cofondateur de Google à la table de Delphine Batho, notre ministre de l’écologie, pour discuter d’efficacité énergétique ? En tous les cas, les électriciens de France ne seront nullement dépaysés de voir qu’un génie de l’équipement informatique pouvait s’habiller aussi simplement qu’eux : polo noir, jean, basket et une barbe de deux jours grisonnante.

(1) « La vie d’un génie », de Walter Isaacson, aux éditions LGF le livre de Poche.