Les élus municipaux et intercommunaux viennent juste de prendre leur fonction dans un environnement de crise sanitaire majeur. Mais, Ils se trouvent déjà confrontés aux sollicitations des promoteurs de l’amélioration de la vie en ville, par l’apport du numérique dans les services aux citoyens. Après quelques semaines de tâtonnement, depuis le début de la pandémie COVID 19 en mars dernier, l’étude à l’échelle internationale de Capgemini et celle du cabinet américain BCC Research consacrées aux Smart Cities, mettent l’eau à la bouche des vendeurs de conseils et solutions pour l’optimisation des territoires et villes intelligentes. Cet optimisme ne cache pas une réalité majeure de la transition numérique des territoires. Celle de la confidentialité des données personnelles et de leurs valeurs à laquelle de plus en plus de citoyens y attachent une importance non-négociable. Reste aux maires et administrateurs territoriaux de trouver la bonne formule. Protéger les citoyens tout en dégageant de la « valeur » pour leur collectivité locale avec une gestion des mégadonnées intelligentes.

Réalisé auprès de 10000 habitants de 10 pays, la consultation de 300 élus et employés municipaux de 58 villes, l’étude de Capgemini ne laisse aucun doute lorsqu’elle affirme « …en moyenne, 40% des membres de la population urbaine dans le monde pourraient quitter leur ville en raison de divers désagréments, y compris des « frustrations numériques ». A croire que l’étude du cabinet de conseil tombe à pic pour le marché de la transition numérique des territoires, alors même que l’incertitude dû au COVID 19, empêche encore les édiles à avoir un pilotage serein et à long terme de leurs collectivités locales.

Capgemini n’est pas seul à promouvoir la ville intelligente. Un autre cabinet spécialiste depuis 1971 de l’étude des marchés, l’américain BCC Research, vient de publier un rapport détaillé sur le domaine et il estime que le secteur mondial des industries numériques pour les villes intelligentes devrait atteindre 994,6 milliards de dollars d’ici 2023, contre 476,7 milliards de dollars en 2018, avec un taux de croissance annuel de 15,8% entre 2018 à 2023.

Au niveau international, l’Amérique du Nord continuera de dominer ce marché, bien que sa part de 43% du secteur devrait chuter d’un point en 2021. Omniprésence technologique, investissements avancés et modèles organisationnels dans des villes telles New York, Los Angeles et Chicago aux États-Unis et Toronto, Vancouver et Calgary au Canada, continueront ainsi de stimuler les investissements.

Concernant le marché d’européen où les gouvernements et collectivités locales encouragent l’adoption de la transition numérique pour les territoires, le Vieux Continent souhaite être le prochain leader de l’offre en matière de villes intelligentes. A mesure que le climat économique s’améliore, Bruxelles pense retrouver une place de choix dans l’offre mondiale de projets et bonnes pratiques dans le secteur.

Mais, il y a les sceptiques qui pensent que l’Europe a déjà perdu quatre mini-révolutions de l’informatique et il n’est pas certain qu’elle gagnera la bataille de la ville intelligente : la révolution PC a été sous-estimée dans les années 80, la révolution Internet dans les années 90, la révolution des plateformes dans les années 2000 – réseaux sociaux – et dans les années 2010, celle de la révolution du cloud.

La dernière chance pour l’Europe c’est les trois domaines qui sont « l’Internet des objets », la « 5 G » et « Intelligence Artificielle », avec comme atout la puissance industrielle de l’Allemagne. C’est là que l’avenir de l’Europe en tant que cluster des territoires intelligents sera décidé pour les 100 prochaines années et elle doit y être. A moins que les pays de l’Union ne deviennent également dépendants d’autres régions de ses trois secteurs stratégiques pour la conception des villes intelligentes et ne soient éliminés finalement par les États-Unis et la Chine.

Ainsi, il est instructif de prendre la mesure des études qui sont publiées avec pour sujet les villes intelligentes. Il est plus important d’en avoir une lecture critique, car depuis le début de l’impact de la révolution numérique sur nos territoires européens, ce sont des acteurs qui se comptent sur les doigts d’une seule main qui ont su tirer profit des valeurs générées par la révolution numérique. Ils ont pour acronyme GAFA et opèrent de la même collectivité locale : La Silicon Valley.