(01 juillet 2013) Qu’aurait pensé feu Marcel Paul de la transition énergétique actuelle, lui ministre de l’Industrie qui après guerre (1946) a nationalisé l’électricité de France, et fut ainsi à l’origine de la création d’EDF et GDF ? Il faut croire qu’au moment où les Français s’attendent à une flambée des prix de l’électricité, les solutions ne se profilent pas encore à l’horizon pour résoudre une telle hausse.

On a toujours intérêt de revisiter l’histoire. Elle peut être facteur d’indication, de sources d’idées et de force pour l’initiative. Les professionnels français de l’énergie oublient souvent le dynamisme et la vision qui ont dominé, juste avant et au lendemain de la Deuxième Guerre, permettant au pays de se reconstruire rapidement des industries et un réseau moderne dans le domaine de l’offre électrique et du gaz. Il ne faut pas oublier qu’en 1938, un programme d’investissements conséquent a permis à la France de bénéficier à la libération du plus dense réseau électrique au monde. Ainsi à l’époque, comme il est expliqué sur le site web d’Erdf Distribution, le pays bénéficié de « … 22,5 km de lignes de plus de 100 000 volts pour 1 000 km² (contre 5 km pour les États-Unis, 15 pour la Grande-Bretagne et 18 pour l’Allemagne)… »

Il semble aujourd’hui que les États-Unis et les pays émergents connaissent plus de dynamisme en termes de débats autour des solutions énergétiques qu’en Europe. Ces derniers jours, un haut fonctionnaire européen a déclaré, à Bruxelles, qu’en matière de compteurs intelligents, « les ambitions de l’UE ne répondent pas aux attentes ». Certains experts européens avouent même que le modèle économique, enfin l’écosystème de la gestion intelligente de l’énergie (smart grids) pose problème. Car comment peut-on à la fois faire collaborer des entreprises à vocation contraire, ceux qui développent des solutions d’efficacité énergétique et ceux qui offrent sa production.

En France, dans un salon du Smart Grids début juin, la ministre de l’Énergie Delphine Batho a promis la publication de l’appel d’offres au sujet de Linky, le compteur intelligent d’ErDF, pour la fin du mois. Nous sommes début juillet et en guise d’annonce, c’est la nomination du nouveau patron d’ErDF qui a été faite la semaine dernière. Au même moment, alors que Bruno Lechevin, président de l’Ademe, expliquait dans les pages du quotidien Les Échos, que « non la transition énergétique n’est pas la décroissance », aux États-Unis, la Maison Blanche publiait les commentaires de soutien de quelques emblématiques chefs d’entreprises américains au plan d’Obama, en matière de « réduction d’émissions de CO2 et de relance économique ».

Dans les pays émergents et de la Chine au Brésil, on ne peut mesurer les projets en cours ou déjà réalisés dans les secteurs des smart grids. On parle même beaucoup de l’Afrique, où, fin septembre, un salon consacré aux réseaux intelligents doit se tenir à Cap Down, dans le pays de Nelson Mandela. L’Algérie vient d’annoncer la conception d’un compteur intelligent grâce à la collaboration d’une université d’Alger avec le distributeur public local d’électricité. Pour ce seul sujet, on parle d’un Eldorado sur le continent noir, estimé pour les 7 prochaines années à 461 milliards de dollars en revenus cumulatifs, pour atteindre 73 milliards annuellement après 2020.

Effectivement, rien qu’avec le Nigéria et ses 167 millions d’habitants, le marché des compteurs intelligents semble plus adapter aux pays aux courbes démographiques ascendantes qu’en déclin. Alors, quelles solutions pour les pays européens et la France ? Peut-être, celui d’une économie du temps de décision, d’une prospective de qualité et surtout d’une industrie de l’énergie moins omnubilé par l’accès aux clients à court terme, mais plus visionnaire dans la construction d’un avenir énergétique ambitieux et moderne pour les Français. Bref, à l’exemple de celui imaginé par Marcel Paul et ses compagnons au lendemain de la Libération.