La femme c'est l'avenir de la domotique

(15 juillet 2012) Au vue de l'attente depuis plus d'une vingtaine d'années du décollage en France de la domotique, la question devient légitime. Quel industriel, quel vision, quel concept transformera la domotique en produit de masse ? Il y a quelques semaines, lors d'une rencontre de professionnels autour du sujet, l'épouse d'un électricien a confirmé par ses interventions judicieuses que « les femmes sont les meilleures ambassadrices de la domotique ». Dans leur majorité, et même s'il y a des exceptions, les foyers sont souvent pilotés dans leur ensemble par des femmes. Ce sont elles qui ont la main sur la vie d'un ménage et l'évolution, en terme domestique, d'un habitat.

Pour preuve, au lendemain de la deuxième guerre, ce sont les femmes qui ont été les ambassadrices de la révolution de l'électro-ménager. Frigidaire, machine à laver et cuisinière, puis aspirateur, mixeur et cafetière électrique..., tous ses produits ont profité d'une modernisation du statut de la femme, bien mise en scène par le cinéaste Jacques Tati. Alors, pourquoi les communicants de la domotique ont-ils échoué encore à séduire la femme au foyer ? Peut-on avoir pour explication, la trop grande proximité entre les équipements en domotique et l'électricien, un métier qui par les dangers de l'électrique est associé aux hommes ?
En tout les cas, les acteurs de la domotique n'ont pas encore marqué les esprits par un slogan tel « Moulinex libère la femme », inscrit sur une affiche où on y voit une française des "Trente glorieuses" jeter d'une main son tablier. Si à l'époque, les rois de l'équipement ménager ont surfé sur l'émergence de la société de consommation, on s'interroge, aujourd'hui, pour savoir sur quoi doivent anticiper les professionnels de la domotique, afin que leur produits ne restent pas à l'état expérimental ?
Souvent, on doit les succès, non pas à des études marketing, mais à la vision d'un industriel. Les femmes des "Trente glorieuses" doivent leur adhésion à l'électroménager de masse à Jean Mantelet, fondateur des appareils Moulinex. Les femmes du nouveau millénaire, dominé par les nouvelles technologies, doivent leur désir de produits numériques à Steve Jobs, le père du bel objet dans le monde du hight tech. Et déjà, avant sa récente disparition, il a vu ses Iphones et Ipads utilisés en masse dans le secteur de la domotique.

Reste maintenant à savoir qui va réussir à transformer le fameux slogan de Jean Mantelet « Pour ELLE un Moulinex pour LUI des petits plats » en « Pour ELLE un Moulinex pour LUI des petits plats ». Si le pari est « La femme c'est l'avenir de la domotique », peut être la réussite sera d'abord entre les mains de celui qui organisera les premières « démonstrations-ventes à domicile de la domotique », ou plus simplement « domo-Tupperware ».


Smart Grids, domotique et efficacité énergétique: faut-il revenir au concept des arts et métiers?

(3 juillet 2012) La convergence énergie/numérique est-elle en train de bousculer l'idée chère à Colbert, que chaque métier, chaque labeur, chaque produit a sa propre noblesse, sa propre famille... Le lancement à la fin du XVIIe siècle, par l'Académie royale des sciences, de la description des arts et métiers, a structuré pour longtemps une conscience française autour de l'esthétique, le goût et la qualité du produit "made in France".

Evidemment, l'avènement de l'ère industrielle au XIXe siècle, a profité du gigantesque travail favorisé par Colbert, de publication de cette collection d'ouvrages sur les métiers artisanaux. Une collection dont la publication va s'étaler jusqu'à la veille de la révolution, 1782. Longtemps, la qualité des éditions originales, grâce à la finesse des planches et aux descriptions plus que précises des savants académiciens, Sébastien Truchet, Jacques Jaugeon, l'abbé Jean-Paul Bignon et Gilles Filleau Des Billettes..., ont permis de donner une idée noble de chaque métier, chaque produit.

Aujourd'hui, la numérisation de l'offre énergétique et la convergence des produits utilisés dans l'espace résidentiel ou tertiaire, donne le sentiment de ne plus avoir une conscience française des produits énergétiques qui nous entourent. Au-delà d'un anglicisme envahissant, on se trouve devant le fait accomplis qu'on nous propose souvent le même professionnel afin d'installer le chauffage, l'éclairage comme le multimédia.

Veut-on sincèrement nous imposer l'idée que l'installateur qui se présente à notre domicile aura la faculté de nous offrir tout à la fois un confort en chauffage, en éclairage et en multimédia à la hauteur de nos exigences. S'il est clair que ces différentes offres ont pour point commun la consommation énergétique, il est tout de même évident qu'on ne peut pas faire d'un même professionnel, un bon chauffagiste, un bon éclairagiste et un bon sonorisateur. A cela, un autre facteur vient perturber les métiers autour de l'offre énergétique. L'arrivée des opérateurs télécom et des entreprises du logiciel à la recherche de nouveaux débouchés.

Aux traditionnels équipementiers de l'électrique, vient s'ajouter les professionnels de la box, du code informatique et même de la voiture électrique. Alors, ne faut-il pas un nouveau Colbert pour nous offrir de nouvelles descriptions des arts et métiers, à l'ère de l'efficacité énergétique? Ne faut-il pas relancer une nouvelle Académie royale des sciences pour en finir avec l'emprise des Apple, Google et autre Microsoft...


Une journée chez les électriciens, entre doutes et certitudes

(24 juin 2012) Le Français ErDF et l'Allemand Trilux n'on rien de comun, sinon d'avoir eu une actualité le même jour, mercredi 20 juin. Raconter en même temps un géant mondial de l 'énergie qui se débat dans son pays avec le lancement de son compteur intelligent Linky et un allemand qui croit un siècle après sa création à la perennité de sa vocation de fabricant d''éclairages, permet d'avoir une vision vivante du bouleversement que vit l'industrie électrique européenne.

Mercredi 20 juin au salon Smart Grids Paris 2012 au CNIT de La-Défense, chez ErDF, on était bien en peine pour expliquer le retard du déploiement du fameux compteur intelligent de l'ex-service public de l'électricité. Alors que le consultant anglais Ken Whittaker, explique son expérience d'installation de réseaux intelligents, à Beyrouth, et René Napoli, celle du projet de compteurs intelligents développé par Logica en Angleterre, on reste intrigué par le retard pris par Linky, un compteur présenté, et sans rire, comme le plus intelligent à ce jour.

Puis, si tout de même c'est le consommateur français qui est le premier concerné par Linky, on ne voit pas pourquoi en ces temps de crise, il doit faire les frais d'un blocage provoqué par une fâcherie entre ERDF, la Commission de régulation de l'énergie, les autorités propriétaires des compteurs et les associations de consommateurs.

Après Smart Grids 2012 au CNIT La-Défense, de l'autre côté de la ligne A du RER, à Val-de-Fontenay, se trouve le siège France du fabricant d'éclairage Trilux. Nous sommes dans un autre monde que celui du Smart Grids. Nous sommes aussi dans une entreprise qui, en 2012, fête ses 100 ans d'existence. Le troisième plus important équipementier d'éclairage, en France, organise des rencontres pour les professionnels-partenaires avec un goût prononcé de l'hospitalité et de la simplicité.
Il y a là, un architecte, le chef d'un service génie électrique d'un grand installateur, l'attaché technico-commercial d'un grand distributeur de l'équipement électrique et un cadre de la filiale énergie d'un grand constructeur de BTP.... Bref, une multitude de métiers qui vous ramène à la vraie réalité du monde actuel de l'électrique. Loin des idées convenus de la rivalité politiques entre l'Allemagne et la France sur l'avenir de la production et de la distribution de l'énergie en Europe, chez Trilux on vit l'identité franco-allemande de l'éclairage comme un véritable atout.
Un atout illustré par le produit Aurista, des led avec une optique nouvelle, qui permettent des économies d'énergie jusqu'à 56 %. Lionel Witkowski, le PDG France de Trilux parle d'identité « germanique ». Il valorise cette dernière en présentant le savoir-faire de son entreprise sur deux niveaux, le prêt-à-porter concernant les produits simples et la haute couture lorsqu'il présente le directeur d'une fililale allemande de Trilux en Allemagne : Uwe Grote, patron de RSL, une entreprise qui réalise des luminaires sur-mesure. Redoutable pédagogue et visionnaire, l'Allemand va décliné le savoir-faire d'une entreprise cinquantenaire qui se refuse aucune limite pour exécuter les rêves d'architectes, de bureaux d'études ou autres concepteurs-lumière.
Et toujours en utilisant le produit Aurista, que ce soit un luminaire de quinze sur un mètre présenté au dernier salon Light+Building de Francfort ou le lustre d'une vingtaine de mètres confectionné pour le Musée d'art islamique de Doha, au Qatar. Loin du monde du logiciel et des compteurs intelligents, on apprend alors que dans certains secteurs de l'électrique, l'artisanat a encore un sens.

Le lobbying des entreprises privées à l'heure de l'efficacité énergétique

(18 juin 2012) Depuis une année et au regard du débat à Bruxelles autour des normes sur l'efficacité énergétique, cette dernière sucite une nouvelle forme de vocation chez les lobbyistes des entreprises privées. Retour sur cette activité d'un nouveau genre dans le monde de l'énergie.

C'est par une brève information que nous avons appris la semaine dernière, qu'à Bruxelles, des lobbyistes demandent plus d'efforts sur l'efficacité énergétique des bâtiments. Une telle requête nous oblige à se pencher sur les mutations actuelles des professionnels du lobbying des entreprises privées. Il y a plus d'un siècle, la guerre énergétique a opposé des pays, des entreprises pour mettre la main sur des matières premières. Le progrés énergétique naissant était symboli(concentré dans des) par les infrastructures installées dans chaque bâtiment, village, ville et région.

Aujourd'hui, la nature du lobbying dans le secteur de l'électricité sur le vieux continent est en train d'être bouleverser par la pression autour du paquet énergie-climat de l'Union Européenne. Evidemment, on explique de plus en plus à Bruxelles que le bâtiment est responsable de 40 % de la consommation d'énergie et alimente 36 % des gaz à effet de serre. Mi-mai dernier à Amsterdam, il y avait une rencontre autour du sujet de la construction durable. Soudain, un lobbyiste prend la parole et s'alarme du retard de l'Europe, en termes d'efficacité énergétique.

Pour lui, il faut, « de toute urgence », que l'UE prenne à bras le corps le sujet. Il est intéressant de se pencher sur le profil d'Adrien Joyce. Il est le directeur d'EuroACE, le puissant lobby consacré à Bruxelles à l'efficacité énergétique des bâtiments. L'Alliance européenne des entreprises pour l'efficacité énergétique dans les bâtiments a été formée en 1998 par une vingtaine de sociétés leaders en Europe, impliquées dans la fabrication, la distribution et l'installation de produits d'économie d'énergie et de services. EuroACE représente une industrie de 172 000 employés pour un chiffre d'affaire de l'ordre de 140 Mds€. EuroACE n'est pas seule sur le sujet de l'efficacité énergétique.

D'autres lobby abondent dans l'idée qu'il faut maintenir la pression sur les politiques pour que le souhait de l'UE de réduire la demande énergétique des constructions résidentielles et commerciales de plus de 80 %, d'ici 2050, soit respecté. Parmi les lobbyistes de l'efficacité énergétique, on trouve même ceux qui regrettent, que certains gouvernements aient décidé de supprimer les subventions destinées aux énergies renouvelable sous le coup de l'austérité. Ainsi, être lobbyiste de l'efficacité énergétique est un métier d'avenir, même si les obstacles ne sont pas encore tous levés.


La maintenance est-elle l'arme secrète de l'efficacité énergétique dans les bâtiments?

(11 juin 2012) A l'heure de la crise économique et de la convergence énergie/numérique, la maintenance est en train de connaître une seconde fonction. Après plus d'un siècle d'une utilité exclusivement basée sur le maintien et la pérennité des équipements, la maintenance occupe de plus en plus le champs de l'économie de l'énergie.

Jean-Claude Guillot, président de la Fédération française des entreprises de génie électrique et énergétique (FFIE) n'a d'aucune façon manqué, le 7 juin au matin, les rencontres techniques autour du sujet de la maintenance, organisées par la Chambre syndicale des entreprises d'équipement électrique de Paris et sa région (CSEEE). Dans son discours de clôture des rencontres, il a spécifié que la maintenance ouvre de nouvelles perspectives pour les professionnels de l'électricité.

Même si la question de l'efficacité énergétique n'a pas été abordée directement, certains professionnels de la chose électrique ont bien compris l'enjeu qui touche à la mutation de la filière. La maintenance ouvre un nouveau champs d'activités, et il va falloir que les industriels français se positionnent sur cette opportunité d'emploi, le gestionnaire de l'efficacité énergétique du bâtiment. Mais qui dit efficacité énergétique aujourd'hui, doit être innovant dans le secteur du logiciel et développer une relation de rupture avec les producteurs d'énergie et de l'électricité en particuler.

C'est ainsi, lors du Salon Interclima en février dernier, SPIE, l'entreprise phare de l'installation électrique dans le bâtiment tertiaire a offert une conférence sur le thème : « Maintenance et efficacité énergétique ». Les experts de SPIE avaient insisté dans leur présentation sur l'indépendance de leur entreprise vis-à-vis des énergéticiens. L'autre point, c'est la gestion logiciel de la maintenance d'un bâtiment pour avoir en main sa dépense d'énergie. Il semble que les Français sont bien placés en Europe en matière de GMAO (gestion de maintenance assistée par ordinateur).

Mais le paradoxe est que la GMAO n'a pas encore été déployée à grande échelle sur le segment de la gestion de l'efficacité énergétique. Pourquoi? Selon les experts de l'Apave, organisme de contrôle technique de construction et de la sureté des installations, la GMAO d'un bâtiment, dans le cadre de sa consommation énergétique, bute sur son fonctionnement sur un temps donné. Ainsi, même si les règlementations sont de plus en plus exigeantes, la GMAO reste aussi tributaire de l'utilisation humaine d'un bâtiment (par exemple, nombre de personnes qui y travaillent, les horaires de présence, les activités humaines...).

Alors, le gestionnaire de l'efficacité énergétique ne doit pas être qu'un professionnel au savoir technique, mais aussi être un pédagogue avec des connaissances en ergonomie.



L’électricien et les futurs box de l’énergie

(4 juin 2016) Il faut se souvenir du temps du déploiement de l’Internet dans les années 90 pour mesurer les inquiétudes actuelles des électriciens. Ainsi à l’époque, l’employabilité dans le secteur des télécoms était florissante. C’était l’instant où le métier d’installateur se déclinait au fur et à mesure du développement des usages. Qui se souvient des installateurs de paraboles qui ont pris d’assaut les toits de maisons et autres immeubles à travers le pays ? Qui se souvient des installateurs de paraboles qui ont tiré le câble à travers champs et villes de France ?
Puis, au tournant des années 2000, les logiciels associés à la montée en puissance des microprocesseurs (Loi de Moore) commençaient à réduire les tâches des agents de télécoms et autres installateurs. Pour les premiers, certains sont devenus des standardistes qui, selon nos difficultés au quotidien à installer notre box ou à configurer notre téléphone mobile, nous guident en direct de leur call center. Alors, après que l’industrie de l’informatique a bouleversé le monde des opérateurs télécoms, ces derniers vont-ils révolutionner la profession de l’électricien ?
Jeudi 31 mai, Bouygues Télécom était l’invité des Matinales d’IGNES, l’organisme représentatif des entreprises acteurs de l’équipement électrique dans le résidentiel. Dans le cadre d’une thématique consacrée au smarthome, l’opérateur téléphonique est venu proposer sa stratégie pour piloter énergétiquement un domicile à partir de la Bbox. Il semble que chez Bouygues Télécom on veut tourner la page de la domotique pour promouvoir l‘idée d’écosystème, chère au roi de l’informatique et des logiciels tels qu'Apple et Google. En clair, les box se positionnent comme le cerveau d’une résidence où viennent se connecter les différents équipements électriques, du chauffage à l’éclairage en passant par les volets roulants.
Pour le moment, chez Bouygues Télécom on affirme que l’électricien sera le pivot d’un tel ecosystème. Déjà avec Orange, l’opérateur est membres du collectif Agora auquel participe des écoles d’ingénieurs et de techniciens. Reste à savoir, si cette position sera longtemps tenable et si l’électricien pourra s'épanouir dans ce nouveau monde, celui de la maison connectée par la box ?

Et si le Grand Paris de Cécile Duflot passait par l'efficacité énergétique?

(28 mai 2012) Si le politique n'est là que pour encadrer un objectif, comme nous l'indiquions dans notre contribution de la semaine dernière, un ministre ne doit jamais perdre de vue le cap de ses attributions. De ceux que vient d'hériter Cécile Duflot au ministère de l'Egalité des Territoires et du Logement, il y en a deux qui vont sans conteste ensemble : « Le Grand Paris et l'efficacité énergétique ».

Pourquoi? Tout simplement la volonté à l'horizon 2025 de muter l'Ile-de-France en région urbaine modèle au niveau mondial, doit nécessairement passer par la réussite d'une politique énergétique exemplaire. Si nous jettons un oeil sur l'évolution de l'énergie en Ile-de-France, on peut s'apercevoir que l'électricité, par exemple, a été un moteur essentiel de l'émancipation de la Région Capitale. En cela il y a eu deux périodes. Entre 1878 et jusqu'aux nationalisations de 1946, le département de la Seine avait réussi le « passage progressif d'une énergie de luxe à un bien de première necessité » (1).

Ainsi, la thèse d'Alain Beltran soutenu en 1996 avec pour titre « L'énergie électrique dans la région parisienne entre 1878 et 1946 » est très instructive. D'une manière étonnante elle nous apprend que c'est déjà la construction des réseaux ferrés, dans et autour de Paris, qui allait façonner le modèle de production de distribution et de consommation de l'électricité dans la région. Puis depuis 1946, c'est la gestion public (EDF) qui va façonner production et offre énergétique, avec une organisation particulière sur la constitution d'une « boucle » de 400 000 Volts, qui a un rôle comparable à la voie francilienne pour la circulation routière et alimenté par 9 grands postes de transformation autour de la capitale.

Alors que sera le défi du Grand Paris? On peut penser que les enjeux climatiques pointe nécessairement vers un avenir de l'Ile-de-France qui passe par une gestion logiciel de la région pour une efficacité énergétique optimale et en phase avec les réglementations européennes. D'un point de vue politique, le très attendu face-à-face entre André Santini qui préside depuis 2010 le conseil de surveillance de la Société du Grand Paris et sa nouvelle ministre de tutelle augure d'intéressants échanges.

Et contre toute attente, ils pourront s'entendre. Le maire d'issy-les-Moulineaux peut, contre toute attente proposer l'expérience Issy Grid dans sa ville d'Issy-les-Moulineaux, à une ministre en recherche de légitimité sur le dossier Grand Paris. Ne rêvons pas et si c'est le cas, dans 20 ans la région francilienne sera une exception française de l'efficacité énergétique.


Que doit-on attendre d'une alternance politique sur un sujet tel l'énergie ?

(21 mai 2012) Il ne faut jamais perdre de vue, que le politique n'est là que pour encadrer un objectif. Le quinquennat Sarkozy avait commencé, il était temps et réglementation européenne oblige, par une louable initiative, offrir à la France un référent en termes énergie : le Grenelle de l'environnement. Des lois ont été votées, mais il semble que le processus du Grenelle n'a pas été mené jusqu'au bout, et, ainsi, fait prendre un retard industriel considérable à la France. D'un point de vue organisationnel, le dossier énergie fait un retour au bercail puisqu'il réintègre le ministère de l'écologie.

Cet aller-retour entre la tutelle chargée de la politique climatique et de l'environnement du pays et celle de Bercy, de la bonne gouvernance de nos industries et de l'économie de l'emploi, démontre l'incertitude française à trouver le bon cap pour mener une grande politique énergétique. Dans ces moments, peut-être il faut faire appel à l'histoire pour modèle de bonne gestion politique. Prenant par exemple la monté en puissance du service public de l'énergie en France à la sortie de la deuxième guerre. Il n'a pas fallplus d'un an pour que le 8 avril 1946, la loi de nationalisation de l'énergie donne naissance au deux fleurons de la production et de distribution à la française de l'énergie : EDF et GDF.

Il n'a pas fallu plus longtemps pour, qu'en 1974, le choix de l'option nucléaire donne à la France le leadership mondial de la production électrique. Aujourd'hui, nous pouvons être convaincus que la meilleure politique énergétique de demain est celle qui prend en compte d'abord la convergence énergie/numérique qui impacte notre manière de produire, distribuer et consommer l'électricité. Mais le paradoxe est, que si la France est le leader mondial des services de l'énergie avec EDF et GDF-Suez, nous sommes loin en termes numérique de rivaliser avec les Américains, les Allemands et les Asiatiques en ce qui concerne l'industrie du logiciel.

Pourtant, c'est cette dernière qui va accélérer l'intelligence pour offrir au pays la meilleure politique en termes d'efficacité énergétique. A ce titre, nos nouveaux ministres concernés par le sujet de l'énergie, ne perdent rien à étudier le modèle de gouvernance allemand à ce sujet et dans la présentation est d'une confondante simplicité : « Ministère clé en matière de politique énergétique, le ministère de l'Économie et de la Technologie s'est fixé les objectifs suivants : rentabilité, sécurité de l'approvisionnement et performance environnementale.»


Faut-il une politique française du design pour accompagner la croissance verte ?

(11 mai 2012) L'idée mérite qu'on s'y attarde. En janvier 2011, Alain Cadix, directeur de l'École nationale supérieure de création industrielle a publié dans Le Monde une ode au design en forme de requête : « Pour un secrétaire d'État chargé du design ». l'énergétique patron de l'ENSCI – Les Ateliers souhaitait à l'époque que son appel soit entendu pour mi-2012. C'est chose faite ici et on espère que pour la nomination ces jours-ci du 1er gouvernement sous la présidence de Hollande, l'idée soit au moins débattue.

A juste titre, Alain Cadix écrivait que le design, négligé dans notre pays et réduit au simple domaine de la décoration, peut être d'un grand apport en ces temps de crise économique endémique : «pour renouveler notre offre de produits et de services, à l'intention des ménages, des entreprises, des administrations, pour améliorer notre compétitivité hors coûts, pour regagner des parts de marché en France et hors de France, mais aussi pour améliorer la vie quotidienne des gens... », expliquait le directeur de l'ENSCI.

Ce dernier, peut être certain que si soutien il peut y avoir à son idée d'un secrétaire d'État au design en France, la filière des industries de l'énergie peut être une bonne supportrice. Pourquoi? Tout simplement, à la différence de nos voisins du nord de l'Europe, des pays de l'Asie et des États-Unis, on ne sent pas encore dans notre pays une symbiose forte entre l'activité du design et les industries énergétiques en mutation.

D'autant que durant le Grenelle de l'environnement, la question d'inscrire le design dans l'accompagnement des réglementations qui allait bouleverser le secteur énergétique n'a pas été posée. D'où cette interrogation sur la prise en compte d'une politique de la création industrielle dans le processus de la croissance verte. Une telle politique ne doit pas rester confinée uniquement dans les départements design des entreprises, mais être prise en compte dans toute la filière des industries de l'énergie.

Elle doit, par exemple, favoriser l'émergence d'un écosystème à la Française pour la conception des produits de basse consommation et d'infrastructures pour le Smart Grids et Smart Cities. Ainsi pour réussir, une politique du design de la croissance verte, doit être une priorité pour les syndicats et organismes représentatifsfsfs des entreprises concernées, alors que nous avons le sentiment pour le moment que seuls les distributeurs des équipements énergétiques s'investissaient dans le design de leurs offres (Socoda, Sonepar et Rexel...).

Les industries Allemandes ont bénéficié à la fin du XIXème et début du XXème siècle du génie de Peter Behrens qui a inventé le design industriel chez l'équipementier électrique AEG et la notion d'homogénéiser l'image des produits d'une même entreprise. Les USA sont devenus le pays du désir en informatique grâce à l'obsession du produit parfait de Steve Jobs, la France saura t-elle relever un nouveau défi dans le design comme les deux premiers.

Alain Cadix, à qui on souhaite un secrétaire d'État à son activité, avait bien écrit : « ...sans négliger la dimension tout aussi capitale de la technologie, où la France se laisse ici et là distance, notre modernité se jugera notamment à l'aune de notre aptitude à déployer le design dans toute notre économie.»


La dynamique Merkel, où le « Energiewende » d'Hanovre à Tamanrasset

(5 mai 2012) « On ne nous dit pas tout !» pour reprendre l'expression qu'emploie une humoriste à la mode. On ne nous éclaire pas sur ce qui se trame de l'autre côté du Rhin. On ne sait pas comment évolue l'électricien allemand dans ce nouveau monde qui est le « Energiewende » (le virage énergétique) décidé par la physicienne Merkel après la catastrophe Fukushima de mars 2011.

Certains Allemands estiment que la Chancelière a trop vite choisi la sortie du nucléaire ce qui risque de faire flamber le prix de l'électricité pour manque de production. D'autres, dont des Français, y verraient-ils une opportunité ? Dans son édition du 30 avril, "Les Echos" raconte que le staff de Schneider Electric s'est réuni, fin avril, durant trois jours en Allemagne, pour prendre le pouls de l'industrie des équipements électriques.

« On assiste à un bourgeonnement extraordinaire. On voit apparaître de nouveaux acteurs et de nouveaux modèles économiques », explique dans le journal économique Antonin Guez, responsable stratégie chez Schneider Electric pour l'Allemagne. Une telle déclaration d'un responsable du leader français de l'industrie de l'équipement électrique, sonne comme un aveux, celui où on France, une fois éloignée l'excitation du Grenelle de l'Environnement, un statu quo semble paralyser la créativité française en termes d'infrastructures.

Les professionnels français qui ont fait le voyage, fin avril, au Hanover Messe, le plus important salon consacré à l'industrie au monde, sont revenus convaincus. Un mot a retenu leur attention, «greentelligence», qui selon leur hôte le Dr Wolfram von Fritsch, président du Directoire de Deutsche Messe, synthétise une industrie allemande qui « a pris conscience que seul un lien intelligent entre procédés efficaces, matériaux écologiques et produits durables dans la production industrielle est à même de garantir la compétitivité industrielle ».

Décliné en huit salons thématisés, Hanover Messe exprime le « Energiewende » de Merkel par une forte innovation dans le design, et surtout une envie de s'affranchir de la pensée magique chère aux acteurs des énergies renouvelables. L'Allemagne est le plus important organisateurs de salons professionnels au monde, les capitaines d'industries et ses PME ne négligent pas pour autant les rencontres internationales.

Dans les technologies vertes, ils sont même plus présents à Alger que la France, pourtant ex-tutelle historique d'une Algérie qui a tous les atouts pour devenir un acteur phare des énergies du futur. Alors que le projet Desertec, à la génése toute gérmanique prend son envolée par rapport à celui de Medgrid initié par la France, récemment, une organistrice algérienne a déclaré avouée n'avoir pas réussi à inviter des entreprises françaises à son salon consacré aux énergie renouvelables, alors que les Allemands se bousculaient.

Puis, même lorsqu'il y a présence de Français à Alger, le salon est organisé par des Allemands. A l'exemple de Electro-Automation & Energie renouvelable qui s'est tenu ce week-end, et dont le maître d'oeuvre est Faitrade GmbH de Heidelberg. C'est peut être ça, l'effet « Energiewende ».